Grand Raid du Golfe du Morbihan: je l’ai fait!!!!

Bonjour fidèle lecteur et bienvenu futur fidèle lecteur.

CR du Grand Raid du Golfe du Morbihan

Pour rappel cette course est une boucle de 177km limitée a 42heures. Tout au long du parcours, il y a des ravitos, espacés de 15 à 20km, dont certains servent également de barrières horaires.

Pour ma part, mes 3 dernières semaines ayant été perturbées par des douleurs au tendon d’Achille gauche, je suis un peu pessimiste sur le déroulement de la course.
Par contre, mentalement je suis gonflé à bloc. Premièrement la barrière horaire me fait dire que même en marchant je peux aller au bout. Mais surtout mon récent echec a Steenwerck me pousse à ce que ça n’arrive pas 2 fois.

Le jour J tout se passe bien. J’arrive a Vannes a 13h17, je récupère vite mon dossard, trouve une cantine pour manger et me dirige vers les vestiaires.
Il n’est que 15h30 mais je suis déjà habillé. J’ai ainsi évité la cohut dans les vestiaires, et je peux me vautrer dans l’herbe a l’ombre près de l’arche de départ.

Et c’est là que ma course a commencé. Je porte mon maillot de foot du Kenya et mon short H&M tout nouveau, offert par mon fils pour la fête des pères.

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Je suis conscient que ça ne renvoi pas l’image d’un runner aguerri…et je vois que bon nombre de runner se demandent ce que je fais là.
Je me sers de ça pour me motiver encore plus en me disant : ‘ je vais vous montrer de quoi je suis capable’ (je sais c’est stupide mais on se motive comme on peut)

A 17h, le départ est donné. Un départ fictif, qui propose une petite boucle dans la ville façon tour de France….c’est blindé de monde. Et on repasse par la ligne pour le départ réel.

Le peloton s’étire très rapidement. Chacun étant bien concentré sur son objectif, tout le monde a bien conscience qu’un départ rapide, c’est l’échec assuré.

J’essaie donc très tôt d’appliquer la stratégie ( et oui j’ai une stratégie quand même): courir lentement au feeling (car pas de montre) sur le plat et dans les descentes, et marcher quand ça monte ou que je cours depuis trop longtemps.

La 1ere portion se passe bien. J’arrive au ravito du 16e km en 2h16. J’ai un peu mal au tendon mais c’est très gerable. Il fait encore bien jour et les paysages traversés sont magnifiques.

Le prochain ravito se trouve au km36. Tout au long de la course il a été essentiel pour moi de savoir ou étaient les ravito. Car sans montre ni Gps, ça me donnait quand même un repère.

Bon nombre de runners fonctionnent également en mode cyrano (marche et course pour les moins culturés d’entre vous 🙂 ). Du coup on passe son temps a croiser les même personne. ..et tout le monde ou presque se retrouve au ravito.

2e ravito justement. Le premier avec des plats chauds. Sous une immense tente, tous les runners sont attablés dans une ambiance de colonie de vacances. On n’a fait que 36km, il fait très bon, pas encore nuit et on mange un plat chaud.

A chaque fois on échange sur la distance du prochain ravito, ainsi que des différentes barrières horaires.

Je repars équipé de ma frontale car la nuit commence bientôt.

Et effectivement la nuit tombe vite, et je perds énormément de temps dans des sentiers côtiers ou les racines sont extrêmement nombreuses. Je préfère evoluer lentement pour ne pas me vriller une cheville.

Au ravito suivant, l’ambiance ressemble beaucoup plus a un film de zombie…une petite tente sur un parking assez peu éclairé, des runners allongés sur le sol, avec la couverture de survie en guise de drap, et surtout pas un bruit…..
Les visages commencent à être fermés, et on se signale par une simple grimace que c’est déjà dur.

Pour ma part ça va encore, je repars en poursuivant ma stratégie. Depuis pas mal de kilomètres, j’ai une foulée très courte et très rasante, qui ne sollicite pas le tendon. Enfin, on va dire que je ne ressens pas de douleurs a chaque foulée.

Je suis en de plus en plus seul. Grâce aux lampes frontales, on voit parfois des runners au loin, ou on en croise de l’autre côté de la rive, mais finalement on ne partage que très peu de kilomètres ensemble. Chacun reprends vite son rythme après avoir échangé 2-3 mots pour connaître l’état de forme.

J’ai beaucoup de mal a me rappeler des distances séparant les ravitos durant cette 1ere nuit.

Mais je me souviens assez bien de ce dernier ravito avant que le jour se lève.
Très peu de banc pour s’asseoir, pas de table…je ne suis pas très a l’aise pour remplir ma poche a eau ( pour cela je dois vider mon sac). Du coup, ca me fatigue, m’agace et me scie les jambes.
Quand je repars j’ai un petit coup de fatigue dans les jambes, alors je marche pour laisser passer l’orage et mange de la pate d’amende pour le kif 🙂
Et a un moment ça repart.

Il fait maintenant jour, je commence a être un peu fatigué mais je tiens le coup.
Une bénévole m’annonce le bateau dans 9km.
Le bateau, c’est la mi course, le lieu a partir duquel on commence le décompte des kilomètres. Et on prend réellement le bateau pour une petite dizaine de minutes.

Et d’un coup je sens que je n’ai plus de jambes….je marche très lentement.
Et c’est bien connu, il suffit qu’un grain de sable vienne gripper la machine pour que tout se détériore.
Du coup mon sac me gêne beaucoup…je sens les irritations qui m’arrachent une partie du dos.
Et je commence a avoir mal sous les pieds…comme si les semelles de mes chaussures étaient déjà complètement usées.
Je marche a 2 a l’heure, me fatigue quand même. ..donc le moral prend un vrai coup.

J’arrive tant bien que mal au bateau. J’ai l’impression d’avoir mis 2h pour faire les 9km.

Après le bateau, ça va un peu mieux, je reprends mon rythme marche/ course…pendant 3km..et re-coup de mou. Le gymnase de mi course est a 3km encore….interminable!
Je me sens vraiment faible.
A 800m du gymnase, une bénévole propose qu’on vienne me chercher…hors de question!!

9h05, enfin le gymnase de mi course. Celui ou on récupère un sac laissé plus tôt au depart…

Je ne récupère pas mon sac tout de suite, je me couche dans l’herbe, au soleil pour ne pas avoir froid, et programme un reveil 30min plus tard. Mais impossible de dormir. En allant vers la salle pour manger, je tremble et me sens faible. ..une dame me voit claquer des dents, et me ramène une assiette de purée avec beaucoup de sel…j’en reprendrais une 2e puis une 3e.
En fait je n’étais pas fatigué de sommeil mais fatigué par manque d’énergie.

Ensuite, je me change complètement, refais mon sac et fini de manger.

Je repars après un ravito de pres de 2h.
Il est alors 11h et il fait une chaleur de fou.

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Je reprends mon rythme marche et course.

J’ai tenu ce rythme une bonne partie de la journée….mais au km 104 ( je crois qu’il était vers 16h), gros coup de moins bien.
Irritations et douleurs sous le pieds deviennent de plus en plus dures a gérer.

Alors je marche…lentement. ..très lentement….c’est très long. ..je commence a me demander quand je vais abandonner….parce que je ferais pas 70km en marchant comme ça.

Au km 137, on est sensé arriver a un ravito….mais ce n’est qu’un point d’eau.
Quand le bénévole m’annonce ça, j’enlève mes chaussures, m’allonge sur le sol gymnase et demande: ‘si j’abandonne ici, comment je rentre?’.
Il m’explique le déroulement et vient chercher mon dossard. ‘Non…je réfléchis encore un peu’.
Et puis il m’explique qu’il y a un ravito 6km plus loin….

Je pense a la colère que j’ai eu en abandonnant a Steenwerck…je pense aux messages que je n’ai pas envie de recevoir :’c’est déjà énorme ce que tu as fait’.

Bref, je repars en marchant. La douleur sous les pieds est vraiment atroce. Donc je m’accorde quelques pauses; je m’allonge dans l’herbe, a l’ombre d’un arbre.
Il me faudra 1h15 pour faire les 6km.

Mais ce ravito est une vraie galère…on se fait eclater par les moustiques. J’hésite a rejoindre la tente pour aller dormir…finalement j’y vais, mais il n’y a plus de lit dispo….donc je repars. Il est aux alentours de 22h et j’ai 14km a faire avant le prochain ravito qui est aussi la dernière barrière horaire ; celle ci est placée a 5h du matin.

Je marche de plus en plus lentement. Un runner me signale que je zigzague beaucoup….je suis en train de m’endormir!! Je multiplie les pauses mais en m’allongeant le moins possible pour ne pas m’endormir.

Ne pouvant pas m’arrêter n’importe pour abandonner, je continu….mais je coeur n’y est plus. Au prochain ravito, stop!!

C’est a 2h du matin que j’arrive au dernier ravito. J’ai mis 4h poir faire 14km. ..je n’en peux plus.

Dans mon esprit, on a beau être au km 157, il est clair que je vais abandonner. Impossible de faire les 20km restant d’une seule traite.
Je me laisse quand même une sieste d’une heure.
Je trouve un lit et m’endors direct. Après 55 min de sieste. Je vais manger un peu avant de signifier mon abandon a un bénévole. Celui ci me dit qu’il y a un pointage dans 2km, puis un autre 8km plus tard.
Ca change tout. Je n’ai pas a faire 20 bornes d’un coup mais 3 étapes de 2 -8 et 12km…

A 3h20, je repars. La barrière était a 5h…je n’ai plus beaucoup de marge de manoeuvre.

J’arrive assez vite au 1er pointage et ne m’y arrête même pas.
Je retrouve rapidement les bords de plage après une longue période de champs…même si il faut bien avouer qu’il y a bien longtemps que je prête moins attention au paysage.

Le moral va mieux. Je ne vais pas plus vite mais par rapport a la forme du moment (on peut dire la fatigue ) j’ai l’impression d’avancer efficacement.

Le jour se leve enfin. Je viens de passer une 2e nuit dehors. ..

Le dernier pointage est passé 5h35 du matin…plus que 12km.
Une broutille.

Sauf que je n’en peux plus. Et le final est interminable.
On est à Vannes, on voit le port, on entend parfois le speaker….et pourtant a chaque on bifurque sur le chemin qui nous en eloigne le plus.
Je sais qu’on est a moins de 5km de l’arrivée mais c’est au dessus de mes forces; je multiplie les pauses allongé sur les bancs ou dans l’herbe.

Ça y est l’arche est là, de l’autre côté de la rive…plus qu’un kilomètre. Il y a très peu de monde et je suis vraiment HS.
Je n’accelere même pas.

J’approche l’arche…pas de musique, pas de speaker. ..je prends tout mon temps pour la pause photographe.

Je m’avance encore…3 spectateurs m’applaudissent.
Ça y est le chrono officiel…39h42…
L’émotion monte enfin mais même mes larmes sont fatiguées.

Je tombe dans les bras d’un bénévole qui me félicite chaleureusement. ..
On me remet mon tee shirt finisher.

C’est fini.

Je l’ai fait.
177km en 39h42. (Temps officiel ramené à 39h28’38 à cause de la traversée en bateau)

Sur le coup je suis fier de moi. Fier d’avoir été chercher des ressources mentales inconnues. Fier de ne pas avoir lâché. Fier d’être tout simplement finisher.

Et puis, assez vite finalement, je me dis que je n’étais pas assez prêt. ..que j’étais blessé. ..que j’aurais aimé courir plus. ..
Et puis le classement tombe:
Je fini 467e sur 483 arrivants.. je suis dans les 16 derniers..
Ça m’a mis un coup au moral
Il y avait quand même 776 partants donc 34% d’abandon….mais quand même dans les 16 derniers…ça m’embête pas mal.

Je veux donc une revanche!!! Sans blessure et avec une vraie grosse prepa spécifiquement tournée vers cet objectif.

Dans la partie bobologie:
-De grosses irritations dans le dos, sur les flancs et les fesses
– de grosses douleurs sous les pieds (qui sont d’ailleurs toujours presentes 1 semaine après)
-bien sûr le tendon d’Achille gauche, déjà douloureux au départ, ça ne s’est pas arrangé
-comme j’ai beaucoup marché, pas de courbatures, pas de crampes…musculairement aucune douleurs.

Merci a tous les Twittos qui m’ont encouragés. A chaque fois c’est du pur bonheur, les messages aident vraiment a avancer.

Je n’ai pas cité les runners avec qui j’ai échangé parce que le CR est déjà assez long comme ça 🙂
Mais tous ces échanges, toutes ces discussions, ça aussi ça fait beaucoup avancer.

Allé, a bientôt et bon running.

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